"Peut-on reproduire le succès des fonds à échéance ?", réponse avec Raphaël Elmaleh, Keren Finance.
Quartier libre pour Raphaël Elmaleh, gérant des fonds Keren Corporate et Keren Patrimoine, avec Frédéric Lorenzini.
Frédéric Lorenzini : Votre plus grande crainte actuellement sur les marchés ?
Raphaël Elmaleh : Des croissances atones sur longues périodes, tant du côté des économies développées que des émergents ; et la déflation.
FL : Où trouver encore du rendement sur les obligations privées ?
RE : Pour moi les opportunités ne manquent pas : le gisement s’élargit avec des sociétés de taille moyenne souvent non cotées. Il y a aussi l’univers des subordonnées bancaires. Mais c’est vrai qu’il faut faire du bond picking. Nous sommes passés d’un marché où on cherchait un resserrement des spreads à un marché avec une logique de portage.
FL : Peut-on reproduire le succès des fonds à échéance, comme Keren 2016 ou Keren 2018 ?
RE : Excellente question, on se l’est posée. On voit bien que personne ne s’y aventure en ce moment, c’est difficile. Si on devait le faire, ce ne serait que sur du High Yield avec une duration moyenne et un bond picking très sélectif.
FL : Un exemple de leurre, une obligation « investment grade » où il ne faut pas mettre les doigts ?
RE : Clairement toutes les nouvelles émissions investment grade sur 10 ans, comme l’obligation Vallourec 2%. 10 ans c’est trop long et le risque n’est pas rémunéré. On ne peut pas faire le pari qu’il n’y aura pas de redressement en Europe, ou une légère remontée des taux sur longue période.
FL : Un exemple de pépite, une obligation à haut rendement qui tient la route ?
RE : Nous avons investi sur Kaufman & Broad ; depuis août on assiste à un mouvement dépressif sur le single B français en raison des inquiétudes sur les perspectives de croissance. C’est excessif dans certains cas.
FL : Comment peut-on être gérant actions et obligations ?
RE : Il s’agit des 2 visages d’une même entité : dans certains cas on préfère entrer par la dette, dans d’autre cas, par le capital. Avec Alcatel par exemple on a préféré entrer par l’obligation.
FL : -9,95% en 2011 sur Keren Patrimoine, un fonds d'allocation défensif, ça plombe non ?
RE : Oui, ça a plombé : on a sous-estimé notre exposition action nette à cause des convertibles. Depuis nous avons amendé la gestion mais aussi le Prospectus. Nous avons conservé nos principales convictions sur le crédit ce qui explique la forte performance de l'année suivante.
FL : Gérant, c’est un métier ou c’est une vocation ?
RE : C’est une vocation, j’ai toujours voulu faire ça, un métier où on voit l’économie en mouvement. La gestion est une fenêtre sur le monde, je souhaite à tout le monde de faire un métier aussi passionnant.
FL : Keren dans 10 ans ?
RE : J’ai une ambition calculée, rester une société à taille humaine tout en maîtrisant notre croissance. Je connais les limites de mes compétences. Se donner les moyens de durer en termes de performances, ce qui n’est pas synonyme d’avoir nécessairement 50 milliards sous gestion.
FL : Votre plus belle réalisation ?
RE : Sans doute d’avoir créé en août 2001 une entreprise qui fêtera bientôt ses 15 ans, et qui a résisté à 2002, à 2008, à 2011. J’ai créé une équipe, c’est le plus difficile.
Copyright H24 Finance. All rights reserved.
H24 : Pour info, Keren vient de réouvrir son fonds à échéance...
Autres articles
Voir tous les articlesActeurs
Palmarès des entreprises où il fait bon travailler en finance… quand on est une femme !
Publié le 08 mars 2026
Acteurs
Voici ce que H24 a fait pour vous...
Depuis 15 ans, nous écrivons des articles sur les meilleurs acteurs de la gestion d'actifs.
Publié le 27 février 2026
Acteurs
Mercato : ça bouge chez les commerciaux…
Le début d’année confirme une chose : le marché du wholesale et des CGP reste plus que jamais stratégique.
Publié le 25 février 2026