Pour les chypriotes, la morale de l'histoire pourrait bien ressembler à une légende islandaise : après la finance, la pêche.
"Après la finance, la pêche : Chypre remporte une victoire à la Pyrrhus"
Chypre a été le premier pays à faire fléchir la Troïka et à obtenir une renégociation de son plan de sauvetage.
Â
Le nouveau plan est beaucoup plus sain que le premier puisque, plutôt que d'imaginer un obscur schéma de taxation des dépôts pour éviter le mot haircut, il revient aux fondamentaux économiques : les deux grandes banques chypriotes n'avaient pas suffisamment de fonds propres, il a donc été décidé de les restructurer. Comme ça a été le cas en Islande, aux Pays-Bas ou au Danemark, autres pays européens ayant connu des restructurations bancaires, un mécanisme de transfert sera mis en oeuvre :
Â
- Â Les dépôts de 100 000€ seront garantis ;
- Cyprus Popular (Laiki) sera scindée en deux et ses actifs "sains" transférés à Bank of Cyprus ;
- Â Les dépôts de Bank of Cyprus seront convertis en actions pour restaurer un ratio de Tier 1 de 9%.
Â
Les créanciers seront donc traités comme des créanciers ordinaires : ce n'est qu'à l'issue d'un long processus de défaisance qu'ils sauront combien ils récupèreront.
Ce schéma préserve pas mal d'intérêts :
Â
- Â Quoi qu'on en dise, les russes ne s'en sortent pas si mal. Ainsi, par exemple, VTB n'aura pas à payer une taxe faramineuse puisque seuls les dépôts dans les deux banques à problèmes seront mis à contribution.
- Â La BCE est rassurée de voir que l'ELA sera transféré à une banque solide.
- Â L'Eurogroupe n'a plus qu'à financer le budget général de l'île : les besoins de recapitalisation des banques seront intégralement couverts par le processus de restructuration ainsi organisé.
Pour l'immense majorité de la population, ceux qui ont les "petits dépôts", l'argent est "sain et sauf". On ne peut donc que se féliciter de voir un retour à une certaine rationalité économique. Le seul élément arbitraire est ce fameux ratio de fonds propres de 9% sorti du chapeau de l'EBA il y a deux ans, mais pas dénué d'un certain bon sens.
Â
Il n'y a pas lieu de s'inquiéter outre mesure du sort de ces banques : nous l'écrivons depuis longtemps, elles ne sont pas systémiques. Le souverain l'est, pour des raisons politiques avant tout, mais le système financier ne l'est certainement pas.
Â
Il n'y a finalement que deux perdants dans cette histoire triste : le peuple chypriote, qui s'est laissé embarquer dans un système financier disproportionné et qui va maintenant connaître une dépression économique colossale en voyant sa principale industrie réduite à néant, et... l'Irlande qui doit bien se demander pourquoi on ne l'a pas laissé faire pareil avec son zombie bancaire, Anglo Irish Bank.
Pour les chypriotes, la morale de l'histoire pourrait bien ressembler à une légende islandaise : après la finance, la pêche. A moins que le trésor gazier découvert au large des côtes, manne inespérée, ne les tire de ce mauvais pas.
Quelles conséquences en tirer pour les banques européennes ? C'est finalement assez simple : pour les banques non systémiques, les dettes bancaires séniors, sous forme de dépôts ou de titres, ne sont plus sacro-saintes. Une leçon qu'ont déjà apprise les investisseurs en dette subordonnée. Que les investisseurs séniors soient maintenant contraints de faire le même travail de mesure de risque réellement pris est finalement une bonne nouvelle.
Â
Source : Axiom Alternative Investments
Pour en savoir plus sur la gestion des fonds Axiom AI, cliquer-ici.
Autres articles
Voir tous les articlesMarché
L’avis des gérants - Tensions aux Moyen-Orient, les conséquences pour vos portefeuilles...
Publié le 03 mars 2026
Marché
« Le Private Credit commence à tousser »...
Dans le "Graphique de la Semaine", l'équipe H24 sélectionne un graphique percutant proposé par un acteur du marché.
Publié le 27 février 2026
Marché
Quel style de gestion va l'emporter cette année ?
Dans le "Graphique de la Semaine", l'équipe H24 sélectionne un graphique percutant proposé par un acteur du marché.
Publié le 20 février 2026