Pictet : "Les actions n’ont jamais connu de phase de hausse significative sans que l’or ne progresse également"
Changement de régime par Yves Bonzon, Directeur des investissements.
Depuis l’an 2000 et le pic séculaire des actions des pays développés, la corrélation entre l’or et les actions a suivi un régime instable et complexe, mais avec une constante majeure.
En effet, depuis cette époque qui correspond au début du marché haussier du métal jaune, les actions n’ont jamais connu de phase de hausse significative sans que l’or ne progresse également. Il est arrivé que l’or baisse avec les actions qui en font de même, comme de mars à octobre 2008, ou que les actions baissent avec l’or qui monte comme de novembre 2008 à février 2009, mais les actions ne sont jamais montées sans que l’or ne les accompagne.
Il existe bien entendu une raison fondamentale à ce régime de corrélation. Les économies développées sont entrées dans une récession des bilans à partir de 2007 lorsque les excès d’endettement accumulés jusqu’alors ont culminé avec l’éclatement de la crise financière en 2008.
Le terme de récession des bilans était alors inconnu. Il a été avancé pour la première fois par Richard Koo, Chef économiste de la banque d’affaires nippone Nomura, pour décrire le problème structurel affectant l’économie japonaise depuis 1995.
Dans une récession des bilans, le secteur privé, les ménages et les entreprises, qui ont accumulé trop de dettes durant le cycle d’expansion précédent et qui subissent une perte de richesse lorsque les prix des actifs mobiliers ou immobiliers s’effondrent, cessent d’emprunter, même lorsque la banque centrale abaisse le coût du crédit à virtuellement zéro. En d’autres termes, la demande de crédit disparaît totalement, les emprunteurs solvables ne souhaitant plus s’endetter et les prêteurs ne prêtant plus aux débiteurs surendettés. Une telle situation ne s’était plus produite en Occident depuis les années 30.
Dans ces circonstances, la politique monétaire conventionnelle devient inefficace comme outil de gestion macroéconomique, puisque les agents privés n’y répondent plus. Cette situation perdure généralement jusqu’à ce que l’excès d’endettement ait été épongé et que le prix des actifs ait retrouvé un nouveau niveau d’équilibre entre l’offre et la demande. Ce processus prend plusieurs années. Dans l’intervalle, un des symptômes les plus évidents est l’effondrement du multiplicateur monétaire.
Tant que le système économique et financier est caractérisé par une toile de fond de récession des bilans, les marchés actions ne peuvent progresser que sous la stimulation d’une politique monétaire de type non conventionnelle comme les achats d’actifs (assouplissement quantitatif). Or ces politiques monétaires non conventionnelles profitent avant tout aux métaux précieux, qui servent de refuge face aux craintes de dévaluation monétaire qui en résultent. Dès lors, toute avancée durable des actions sans que l’or n’en profite constitue le signal le plus avancé que le problème structurel de récession des bilans privés est en voie de guérison. Or, c’est exactement ce qui s’est produit depuis le 15 novembre dernier.
On voit très bien sur le graphique que les deux actifs qui avaient réalisé jusqu’à mi-novembre une performance quasi identique pour l’année 2012 se sont découplés avec une poursuite du rallye boursier dans un contexte de baisse de l’or. Cela ne s’était jamais produit en plus de dix ans et constitue un indice avancé capital de la sortie des Etats-Unis de leur récession des bilans.
Pour les investisseurs, cela signifie que nous sommes potentiellement à un point d’inflexion majeur du régime d’investissement. Désormais, il s’agit de vendre les rallyes sur l’or et d’acheter les corrections sur les actions et non plus l’inverse, comme au cours de la décennie écoulée.
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