L'Asie cherche à assurer sa sécurité énergétique
Robert Kaplan, Chief Geopolitical Analyst de Stratford Global Intelligence, explique que les pays asiatiques énergivores dépendent des importations d'énergie pour leur croissance et développent donc d'autres routes d'approvisionnement.
Cushla Sherlock: L'offre d'énergie peut-elle parvenir à satisfaire la demande croissante?
Robert Kaplan: Oui, mais de nouvelles filières d'approvisionnement vont apparaître dans le domaine de l'énergie. Les Chinois notamment construisent actuellement des ports en eaux profondes dans l'Océan Indien, au Pakistan, au Sri Lanka et au Bangladesh pour disposer d'un autre moyen d'acheminer le pétrole et le gaz naturel du Moyen-Orient vers la Chine sans passer par le détroit de Malacca. 82% des importations chinoises de pétrole transitent actuellement par le détroit de Malacca. La Chine construit des oléoducs en Asie centrale pour accroître ses approvisionnements de pétrole et de gaz naturel. Les gisements considérables au large des îles Spratly et Paracels en mer de Chine méridionale suscitent des convoitises. Ainsi, les nouveaux gisements découverts font de plus en plus l'objet de querelles frontalières et sont souvent situés dans des régions où leur exploitation est difficile en raison de guerres ou de conflits, comme au Soudan du sud.
Comment l'Asie peut-elle sécuriser ses approvisionnements?
L'Asie peut sécuriser ses approvisionnements en s'impliquant dans les négociations de paix entre le Soudan du nord et du sud ainsi qu'au Moyen-Orient et en favorisant la stabilité des gouvernements en Asie centrale, dont le sous-sol renferme d'énormes réserves de gaz naturel et de pétrole. L'Asie centrale pourrait bien connaître un «printemps arabe» d'ici un ou deux ans. La situation des gouvernements en place est de plus en plus intenable et ils courent le risque d'être confrontés à des bouleversements politiques.
Le pétrole est donc une variable importante dans cette équation?
Oui, surtout le pétrole et le gaz naturel en mer de Chine méridionale. Des pays tels que le Vietnam, la Malaisie et les Philippines font désormais valoir leur puissance après des décennies de guerres et de conflits internes.
Comment la région pourra-t-elle s'adapter à la hausse des prix du pétrole?
Elle s'adaptera en trouvant de nouvelles réserves d'énergie dans de nouvelles parties du monde. C'est pourquoi les Chinois participent actuellement à la construction d'un port en eaux profondes à Lamu, dans le nord du Kenya, pour pouvoir exporter le pétrole du sud-soudanais. De même, les Chinois et les Indiens projettent de construire des oléoducs et des gazoducs reliant directement Myanmar (Birmanie) à l'Inde et à la province du Hunan en Chine. Plus les prix de l'énergie augmentent, plus il est nécessaire de trouver de nouveaux moyens de l'acheminer là où cette énergie est requise.
Quelle est à ce propos la relation entre sécurité énergétique et réchauffement climatique?
Plus le risque de réchauffement climatique est important, plus il est indispensable de disposer de nouvelles sources d'énergie en plus du pétrole et du gaz naturel. Cependant, les prochaines décennies resteront dominées par le pétrole, le gaz naturel, l'huile et le gaz de schiste, autrement dit des énergies fossiles quelles qu'elles soient. L'éolien et d'autres formes d'énergie renouvelable monteront progressivement en puissance, mais la transition sera lente.
Source : Crédit Suisse
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