Brésil : surchauffe en vue ?
Jose Cuervo, gérant spécialisé chez HSBC Global AM, s'arrête sur quelques actualités économiques concernant le Brésil.
• Des statistiques récentes montrent que le Brésil a réalisé une croissance de 2,7 % de son PIB entre le T4 2009 et le T1 2010. La croissance atteint 9 % sur un an, alors que le rythme non inflationniste à long terme est d’environ 4 à 4,5 %. Y voyez-vous un signe de surchauffe de l’économie ?
L’annualisation des taux de croissance trimestriels est à manier avec prudence. L’activité du premier trimestre 2010 a été particulièrement soutenue par rapport à celle du premier trimestre 2009, marquée par la sortie récente de la crise du crédit. L’économie était encore très affaiblie. Je pense que c’est la principale raison de cette croissance de 9 %.
Ceci dit, il est clair que l’économie brésilienne se développe très rapidement. Nous pensons que le rythme de croissance non inflationniste du PIB devrait rester aux environs de 4,5 % à moyen terme. Vu sous cet angle, on peut considérer que l'économie brésilienne risque la surchauffe si elle continue de croître au rythme actuel. C’est la raison pour laquelle la Banque centrale du Brésil estime que les taux d'intérêt vont continuer d'augmenter. Ce sentiment est d’ailleurs partagé par la plupart des investisseurs. Ce qui importe à ce stade, c'est d’anticiper le rythme de croissance des prochains trimestres, afin de se préparer à la hausse correspondante des taux d’intérêts.
• Certains investisseurs ont fait preuve d'un moindre enthousiasme à l'égard des marchés émergents ces derniers mois. Quelles sont les opportunités offertes par le Brésil, si l'on compare ce pays aux marchés développés ou à d'autres marchés émergents ?
Les opportunités d’investissement dans les pays développés tendent à être moins nombreuses qu'autrefois. C’est notamment le cas en Europe, en raison de la nouvelle rigueur budgétaire. Les États-Unis devront d'ailleurs suivre la même voie. Nous ne devons donc pas nous attendre à une forte croissance du PIB dans les pays développés. Et il est peu vraisemblable que l’investissement s’y développe rapidement dans ces circonstances. Contrairement aux idées reçues, nous savons désormais que la dette publique des pays européens n’est pas sans présenter certains risques. Les caractéristiques de risque de la dette souveraine brésilienne sont désormais meilleures que dans bien des pays développés. Cette situation n’est pas sans ironie, si l’on considère que c’est le monde développé qui a imposé la rigueur au Brésil. L’investissement y est donc très soutenu, ce qui crée de nouvelles opportunités pour les investisseurs.
En parallèle, le profil de risque du Brésil s’est considérablement amélioré au cours des dix dernières années, l'écart avec les pays développés s’étant rétréci de manière particulièrement nette. Nous pensons donc que les investisseurs vont continuer de voir le Brésil comme un terrain favorable aux placements. Certes, certaines inquiétudes subsistent pour le court terme, en particulier en ce qui concerne les taux d'intérêt. Des craintes subsistent également à très court terme en ce qui concerne l’euro, qu’il s’agisse du risque d’éclatement de la monnaie unique ou d’un évènement de même nature. Malgré cela, nous estimons que le Brésil est dans le peloton de tête des pays émergents en termes d'opportunités d'investissement.
• Que pensez-vous du niveau d’exposition de l’économie brésilienne aux risques souverains dans la zone euro, et du faible niveau de croissance aux États-Unis ? Quels sont aujourd’hui les principaux moteurs de la croissance du PIB brésilien ?
Les investisseurs estiment que le niveau d’activité en Chine affecte directement l’économie brésilienne. Ce facteur joue effectivement un rôle important, mais les pays du G7 restent la principale destination des exportations brésiliennes, avec environ un tiers du total. Un autre tiers, ou peut-être un peu moins, se dirige vers l’Amérique latine et les marchés émergents. Le reste part vers l'Asie. Le Brésil est donc une économie exportatrice bien diversifiée. Une récession en Chine aurait un effet à la marge, mais il convient de remettre l’impact chinois dans le contexte de la croissance globale. L’Europe représente entre 35 et 40 % du G7,
le reste concernant les États-Unis, le Canada, le Japon, etc. L’essentiel des exportations vers le G7 concerne des pays légèrement plus dynamiques que l'Europe, notamment les États-Unis.
Pour les 12 à 24 mois à venir, la croissance du Brésil devrait être tirée à parts égales par la consommation, en particulier les biens de consommation durables, et par les investissements. Ces derniers devraient provenir environ au deux tiers du secteur privé, le secteur public générant le reliquat. Les exportations de matières premières devraient également contribuer à la croissance, mais loin derrière la consommation et les investissements. On signalera enfin les dépenses publiques, dont le rôle est toutefois encore plus modeste. Comme les exportations, les sources de croissance du Brésil se caractérisent donc par leur bonne diversification. Les chiffres à l'exportation devraient commencer à s'améliorer au T2 2010, avec notamment un raffermissement des prix. Les exportations représentent un potentiel de croissance supplémentaire et nous attendons une embellie à cet égard au deuxième trimestre.
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