Les interrogations refont surface sur ce que la BCE réserve aux marchés
La BCE va réduire ce mois-ci le montant de ses achats d’actifs, passant à un rythme de 80 à 60 milliards d’euros par mois. En parallèle, les investisseurs s’interrogent sur la réaction que pourrait avoir la BCE dans les prochains mois face au retour de l’inflation en Europe.

Ce n’est pas un poisson d’avril de Mario Draghi : le soutien de la BCE aux marchés obligataires va bel et bien être réduit à partir de ce mois-ci. La banque centrale avait en effet annoncé en décembre 2016 que ses achats d’actifs, atteignant 80 milliards d’euros par mois, seraient abaissés à 60 milliards d’euros par mois à partir d’avril 2017.
Le plan de « quantitative easing » (QE), débuté par la BCE en mars 2015, est néanmoins loin d’être terminé puisque Mario Draghi a d’ores et déjà acté que le plan de rachats serait prolongé au moins jusqu’en décembre 2017 au rythme de 60 milliards d’euros par mois.
Malgré cet horizon a priori dégagé pour les neuf prochains mois, les investisseurs commencent dès à présent à s’interroger sur ce que la BCE pourrait leur réserver dans l’actuel contexte d’amélioration économique en zone euro.
Une possible hausse des taux avant la fin du QE
Les Echos notent ce lundi que certains membres de la BCE « ont laissé entendre que les taux directeurs, et notamment le taux de dépôt qui est actuellement à -0,40%, pourraient être relevés avant même la fin du programme » de rachats d’actifs.
Une alerte confirmée lundi matin par une prise de parole de Benoît Coeuré, membre du Conseil des gouverneurs de la BCE, qui a déclaré lors d'une conférence organisée par Associés en Finance : « J'espère que les gouvernements de la zone euro savent que les taux d'intérêt ne vont pas rester au niveau actuel ».
La BCE pourrait ainsi employer une stratégie différente de celle de la Fed pour sortir de sa politique ultra-accommodante : la Fed avait d'abord cessé ses achats d’actifs en 2014 avant de relever pour la première fois ses taux en décembre 2015.
Rien d’étonnant à ce que la BCE puisse vouloir presser le pas pour retirer son soutien monétaire aux marchés, puisque l’objectif de sa politique, à savoir le retour d’une inflation proche de 2% en zone euro, semble actuellement sur le point d’être rempli.
L’inflation brute (IPC) sur 12 mois a atteint le niveau des 2% en Allemagne et dans l'ensemble de la zone euro au mois de mars, et atteint actuellement 1,4% en France.
Le risque déflationniste qui avait été observé en zone euro début 2015 puis de nouveau début 2016, et qui avait été la raison du lancement puis de l’accélération du « quantitative easing » de la BCE, ne semble donc plus d’actualité, même si l’inflation sous-jacente (ou « core », hors prix de l’énergie) reste plus modérée.
Pour la même raison, les interrogations ne feront que croître au cours des prochains mois sur la suite que va donner la BCE à son « quantitative easing » après décembre 2017. Le scénario le plus probable semble être celui d'une diminution très progressive des montants d’achats mensuels d'actifs en 2018 pour ne pas brusquer le marché, mais la réaction des marchés reste difficile à anticiper si la BCE décide en même temps de normaliser ses taux.
Le sujet est loin d’être anodin puisque la BCE a très fortement pesé au cours des dernières années sur les taux du marché obligataire, notamment sur le segment des dettes souveraines. Les taux réels à 10 ans allemands et français (retraités de l’inflation) restent ainsi négatifs, même si les taux nominaux sont quant à eux remontés depuis l’été dernier. La sortie du soutien monétaire de la BCE devra dans tous les cas être menée avec la plus grande prudence pour ne pas provoquer un brusque réajustement à la hausse des taux, dont les conséquences pourraient être multiples.
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