Les taux longs remontent sur les marchés obligataires et provoquent quelques interrogations
L’élection de Donald Trump a provoqué une accélération de la remontée des taux longs sur le marché obligataire, déjà débutée il y a trois semaines. Les réactions de Serge Pizem, Responsable de la gestion multi-assets chez Axa IM et d’Alain Krief, Responsable des investissements taux et convertibles chez Oddo Meriten AM.

Les taux longs sont nettement remontés sur les marchés obligataires au cours des derniers jours.
Il y a seulement deux mois, à la fin du mois de septembre, les taux du marché obligataire restaient toujours proches de leurs plus bas historiques, après avoir chuté au début de l’été suite au vote en faveur du « Brexit ».
En France, le taux de l’OAT à 10 ans était ainsi tombé à 0,10%. En Allemagne, le Bund à 10 ans était passé en territoire négatif, atteignant -0,20%. Le 10 ans américain évoluait quant à lui autour des 1,6% fin septembre, après avoir touché un point bas à 1,35% en juillet.
Les taux étaient tombés si proches de zéro que plusieurs sociétés de gestion avaient communiqué à partir de la rentrée sur le risque d’une remontée des taux, qui ne pouvaient « pas tomber beaucoup plus bas ».
Chose promise, chose due : depuis trois semaines, et surtout depuis l’élection de Donald Trump, les taux remontent sur les marchés obligataires, laissant pantois la plupart des investisseurs, qui ne s’attendaient sans doute pas à un mouvement aussi rapide.
Le 10 ans américain évolue désormais au-dessus de 2,20%, le 10 ans allemand est repassé au-dessus de 0,30% et le 10 ans français a enregistré lundi un pic à 0,85% en cours de séance.
C’est sans parler du taux à 10 ans italien, remonté à 2,10% lundi après avoir touché 1,04% en août, ou du 10 ans portugais, remonté au-dessus de 3,50% après avoir touché un plus bas historique à 1,56% en 2015.
L’« effet Trump », mais pas seulement
La remontée des taux américains s’explique sans mal depuis l’élection de Donald Trump, puisque le candidat Républicain avait promis une importante relance budgétaire synonyme de déficits publics et a priori d’inflation. D’où une hausse plutôt logique des taux longs américains.
Par ailleurs, « Si Trump décide d’arrêter l’immigration, cela créerait une pression inflationniste très forte sur les salaires américains » souligne Serge Pizem, Responsable de la gestion multi-assets chez Axa IM.
Ce dernier rappelle néanmoins que « La hausse des taux avait commencé avant l’élection de Trump avec l’anticipation d’un éventuel "tapering" de la BCE à partir de 2017 et de politiques fiscales plus expansionnistes » dans plusieurs pays occidentaux.
Pour Alain Krief, Responsable des investissements taux et convertibles chez Oddo Meriten AM, « Le marché se préparait à une hausse des taux progressive depuis quelque temps. On ne savait simplement pas quand cette remontée allait réellement s’enclencher et à quel rythme ».
Hausse inattendue des taux européens
La hausse des taux européens reste surprenante dans le sens où les obligations européennes auraient pu faire figure de valeurs-refuges à court terme face aux obligations américaines.
« La réaction des marchés a été surprenante suite à l’élection de Trump : on pouvait attendre une baisse des taux (flight to quality) qui n’a en fait duré qu’une heure, puis on a assisté à une remontée des taux assez forte aux Etats-Unis et également en zone euro » rappelle ainsi Alain Krief.
Serge Pizem voit néanmoins une certaine logique à ce mouvement. Celui-ci explique : « Les économies sont reliées mondialement. Si les obligations sont mieux rémunérées aux Etats-Unis, les investisseurs vont donc vendre leurs obligations européennes pour aller vers les obligations américaines », ce qui entraîne par ricochet une hausse des taux souverains européens malgré les achats massifs de la BCE.
Des arbitrages s’observent également au sein des pays de la zone euro. Pour Serge Pizem, dans le contexte politique actuel, les investisseurs étrangers et notamment japonais auraient tendance à fuir davantage la dette italienne ou française que la dette allemande, ce qui se traduit par un élargissement des "spreads de crédit" au sein de la zone euro.
Quelle stratégie pour les portefeuilles obligataires ?
Pour les gérants obligataires comme pour les conseillers en gestion de patrimoine, des questions se posent sur la stratégie à adopter face à la remontée des taux.
La grande question est la suivante : faut-il profiter de la hausse des taux en revenant vers les obligations qui offrent de nouveau un rendement « intéressant », ou faut-il au contraire se prémunir du risque de poursuite de la hausse des taux ?
Chez Oddo Meriten AM, « Même si la victoire de Trump n’était pas notre scenario central, nous avions adopté une approche prudente. Nous avions donc acheté des couvertures contre une hausse des taux qui s’est traduite entre autres par l’achat de Put et par une sous-pondération de la duration dans les fonds benchmarkés : Euro Aggregate, Investment Grade et en partie sur le High Yield » explique Alain Krief.
Néanmoins, « Il est trop tôt pour profiter dès maintenant de la hausse des taux. Si le taux à 10 ans américain continue de monter, le taux à 10 allemand suivra la même tendance. La prochaine étape pourrait être un retour du Bund à 10 ans à 0,5% au lieu de 0,3% actuellement. On reste donc défensifs, nous préférons d’abord attendre une stabilisation du marché obligataire » avant d’augmenter la duration des portefeuilles, conclut-il.
Rédigé par notre rédaction pour H24 Finance et Boursorama. Tous droits réservés.
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