Les marchés rechutent de nouveau dans le sillon de Deutsche Bank
Les marchés européens évoluaient de nouveau en nette baisse vendredi 30 septembre, avec un CAC40 perdant brièvement plus de 2% dans les premiers échanges. Le secteur bancaire était particulièrement attaqué. Le point avec Alexandre Baradez, stratégiste chez IG France.

Les marchés européens étaient rattrapés vendredi matin par leurs vieux démons, à savoir les craintes autour du secteur bancaire.
La veille déjà, les marchés européens avaient connu une séance de « flop » en fêtant à l’ouverture l’accord des pays de l’Opep à Alger sur la réduction à venir de l’offre de pétrole, avant d’effacer la quasi-totalité de cette hausse dans le courant de la séance. Le CAC40, qui gagnait environ 1,5% en début de séance, avait clôturé en maigre hausse de 0,26%.
Vendredi, ce flop prenait une nouvelle ampleur avec la chute des indices européens d’environ 2% dans les premiers échanges, répliquant notamment la baisse de Wall Street intervenue la veille au soir.
Deutsche Bank de nouveau dans l’œil du cyclone
Les investisseurs se sont émus d’une information révélée par Bloomberg, selon laquelle plusieurs hedge funds passant habituellement par Deutsche Bank pour compenser leurs dérivés auraient commencé à réduire leur exposition auprès de cet établissement.
« Ce qui a mis le feu aux poudres, c’est en effet les hedge funds qui réduisent leur collatéral auprès de la Deutsche Bank » commente Alexandre Baradez, stratégiste chez IG France.
Le titre Deutsche Bank a ainsi brièvement perdu jusqu'à 7% vendredi matin, après avoir déjà perdu 7,54% lundi, et sans avoir enregistré de véritable rebond en milieu de semaine. Le cours de bourse de la banque allemande a ainsi enregistré un nouveau bas historique vendredi, avec une capitalisation boursière momentanément passée sous les 14 milliards d’euros.
« En parallèle du plongeon du titre, les CDS sur Deutsche Bank ont grimpé et sont revenus à leur niveau de février » observe le stratégiste. Les CDS (credit default swaps) sont des produits permettant de se prémunir du risque de défaut d’une entreprise sur ses emprunts obligataires.
Face aux déboires de l’établissement, « Le gouvernement allemand a montré qu’il ne veut pas s’impliquer dans ce dossier pour le moment, et Deutsche Bank veut se sortir seule de cette situation ». Mais cela n’est cependant pas du goût des investisseurs.
Contagion du mouvement baissier
Pour Alexandre Baradez, cette situation entraîne « un nouveau défaut de confiance » sur le secteur bancaire et les marchés dans leur ensemble.
Vendredi matin, au sein du CAC40, Société Générale a momentanément perdu plus de 4% en repassant sous le seuil des 30 euros/action. BNP Paribas et Crédit Agricole perdaient plus de 3%.
« Hier, les banques américaines ont montré des signes similaires, avec même une hausse du CDS sur Goldman Sachs, même si ce mouvement reste encore assez mesuré. On a en tout cas le signe d’une contagion des inquiétudes depuis quelques heures, et ce mouvement vient clairement de l’Europe ».
À cela s’ajoute le fait qu’« Il y a toujours une question sur la résilience du marché américain, qui reste sur des niveaux de valorisations élevés ».
Pour le stratégiste, « On se demande jusqu’à quand » les indices américains parviendront à surperformer les indices européens et japonais en enregistrant de nouveaux plus hauts historiques, sans soutien des indicateurs macroéconomiques.
« On se demande notamment si l’économie peut rester assez stable et sereine alors que les élections approchent, que la Fed maintient un discours flou et que les prévisions de croissance ont tendance à être révisées à la baisse » outre-Atlantique.
« Le fait que le marché baisse malgré la bonne nouvelle d’hier concernant le marché du pétrole montre d’ailleurs que ce mouvement [de défiance] est vraiment fort » poursuit-il.
Malgré un léger mieux sur les indices boursiers européens après 10h, le stratégiste d’IG France reste très prudent. Selon lui, « Il n’y a pas de ressource pour un rebond dans les jours à venir, et on peut s’attendre à davantage de volatilité ».
Un œil sur les banques chinoises
Alexandre Baradez note enfin un fait intéressant ayant échappé à l’attention de nombreux observateurs : « Les taux interbancaires remontent en Chine, et s’approchent de nouveau de leur niveau de février ».
Pour le stratégiste, le mouvement reste sans rapport avec les inquiétudes relatives à Deutsche Bank.
« Je ne suis pas inquiet à ce sujet, mais c’est un signal que la banque centrale chinoise pilote les taux et ne veut pas de bulle de crédit. C’est bon pour la devise, et ça éloigne donc le risque d’une baisse du yuan comme l’été dernier, mais cela rend le crédit plus cher. On pourrait assister à un deleveraging sur le crédit chinois ».
Copyright H24 Finance. Tous droits réservés.
Autres articles
Voir tous les articlesInterviews
L'interview "décalée H24" de Maxime Gohin (Capital Management France)....
Publié le 30 octobre 2025
Vidéos
GEAR : un fonds Long Short indépendant des marchés....
Publié le 20 octobre 2025
Vidéos
Le climat, nouveau critère décisif pour les investisseurs....
Publié le 05 octobre 2025