Peut-on priver les épargnants d'interlocuteurs disponibles et capables de faire du service une priorité ?
La chronique d'Eric Bengel.
Conseil indépendant : un curieux paradoxe
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Le philosophe britannique John Dewey disait : «L’exigence de liberté est une exigence de pouvoir.» Les tergiversations depuis des années autour de la reconnaissance à part entière du statut de conseiller en gestion de patrimoine indépendant ne manquent pas de soulever de nombreuses questions.
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Inutile de revenir sur les exigences qui sont imposées à ces professionnels. Formés, ils sont à même d’offrir un conseil de qualité à des clients privés souvent forts démunis par rapport à la chose patrimoniale. Interlocuteurs uniques de ces mêmes clients, ils ont su obtenir leur confiance, élément fondamental dans le déroulement d’une relation appelée à durer maintes années. Ouverts, ils ont prouvé depuis plusieurs années leurs capacités à proposer des solutions diversifiantes et peu préconisées chez les autres acteurs pour des clients ne relevant pas toujours des seuils de la gestion privée.
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Pour autant, la remise en question de leur mode de rémunération revient non seulement à menacer l’existence de cette profession mais également à priver des milliers de clients d’une relation patrimoniale qu’ils avaient enfin pu s’approprier.
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En une vingtaine d’années, les lieux d’enseignement de la gestion de patrimoine se sont multipliés. On peut le voir comme un signe de dynamisme de cette profession. Sauf que, bien souvent, il s’agit avant tout de former des ingénieurs patrimoniaux et non des conseillers patrimoniaux. La maîtrise des expertises tant fiscales que juridiques et financières est naturellement primordiale. Mais, dans un environnement manquant cruellement de visibilité, il n’est pas certain que les clients patrimoniaux soient systématiquement à la recherche d’experts. Ils souhaitent avant tout être certains de pouvoir confier une partie de leur destinée patrimoniale à des personnes de confiance capables de leur expliquer simplement les incidences de la mise en place de telle ou telle stratégie. La gestion de patrimoine est avant tout une activité de services. Les diverses mesures contraignant l’exercice de conseil patrimonial indépendant vise tout simplement à priver les épargnants de disposer d’un interlocuteur qui faisait du service une priorité. Un service de qualité ne peut être que payant. Reste à définir sous quelle forme il peut être payé.
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Eric Bengel
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