L’art de prévoir les taux d’intérêt
Nicolas Bouzou, Economiste et directeur-fondateur du cabinet de conseil et d’analyse économique Asterès
La prévision est un art difficile. C’est vrai en économie comme ailleurs, même si les économistes (on m’excusera ce corporatisme) ont plus souvent raison qu’on ne le dit. Il suffit de comparer les prévisions de croissance des experts avec celles que le gouvernement inscrit dans ses lois de finance (les cabinets de Bercy appellent cela des « prévisions normées et volontaristes ») : on constatera qui a le plus souvent raison.
Ainsi, il me semble que l’on peut déjà donner quelques perspectives solides sur la fin 2011 et sur l’année 2012. Par exemple, la croissance l’année prochaine sera très faible, sans doute 1% au maximum, avec scénario en matière de financements privés proche de 2008-2009 : une réduction des fonds propres des banques en raison des dettes des états auxquelles elles ont prêté, une augmentation du coût de l’argent pour les établissements financiers, et donc une politique plus sélective en matière d’octroi de crédit (ce que nous appelons dans notre jargon un « rationnement du crédit »).
Moins de crédit, cela signifie moins d’investissements et moins de consommation. Le problème, c’est que les exportations ralentissent aussi. Dans ces conditions de faible croissance, les créations nettes d’emplois (la différence entre les créations d’emploi et les suppressions) seront à peu près nulles, et le chômage, au mieux, restera à un niveau élevé. Tout cela n’est pas réjouissant, mais c’est assez prévisible.
L’art de l’anticipation se complique lorsque l’exercice porte sur les taux d’intérêt, et en particulier sur les taux d’intérêt de long terme, qui servent de référence aux banques pour déterminer les taux fixes des crédits immobiliers.
En théorie, ceux-ci dépendent de plusieurs facteurs : les déficits publics les font monter, l’inflation les fait grimper également, les craintes de récession les font baisser… Il faut donc deviner dans quel sens va évoluer la macroéconomie (les déficits, les prix, le PIB…), mais également comment les différents facteurs doivent être pondérés.
Tentons néanmoins une analyse rationnelle. En France, le déficit public est très élevé (proche de 6 % du PIB cette année, au mieux proche de 5 % en 2012). Néanmoins, le Trésor n’a pas encore de problèmes pour placer ses obligations (il n’a donc pas à augmenter les taux sur les OAT 10 ans, obligations d’Etat émises pour financer la dette) car les investisseurs internationaux restent attirés par un Etat noté AAA (pourvu que ça dure !)
L’inflation pourrait se tendre ces prochaines années si la politique de la BCE est plus laxiste, mais ce n’est pas pour tout de suite. Quant aux perspectives de croissance, on a vu qu’elles étaient mauvaises. Tout ça pour dire que les taux à long terme devraient rester, en France, modérés ces prochains mois. En même temps, nous avons vu que l’accès au crédit risquait de se compliquer. C’est sans doute là le point crucial pour le marché du logement : des très bons taux d’intérêt, mais seulement pour ceux qui présentent d’excellents risques ; de très bonnes conditions de financement, mais pas pour tout le monde. Rendez-vous dans un mois pour savoir si j’ai raison ou tort.
Source : Meilleurtaux.com
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